• Accueil
  • Actus
  • Quel lien entre l’alimentation et la polyarthrite rhumatoïde

Mise à jour le 25/03/2016, par Damien - Service Com’ ANDAR

imprimer l'article

Quel lien entre l’alimentation et la polyarthrite rhumatoïde

photo de l'article

L’impact potentiel de l’alimentation pour soulager les symptômes et/ou agir sur l’évolution de la polyarthrite rhumatoïde est un sujet de préoccupation récurrent des patients. Le lien (éventuellement possible mais pas établi) entre l’alimentation et les maladies chroniques - notamment ayant une composante inflammatoire comme la PR, l’asthme ou les maladies cardio-vasculaires par exemple -, fait l’objet d’articles dans les magazines et sites Internet de santé destinés au grand public, mais aussi de livres. Environ un tiers des patients atteints de polyarthrite rhumatoïde a déjà entendu parler de ces régimes, selon les résultats d’une enquête sur les pratiques alimentaires dans la polyarthrite rhumatoïde (SOLAU-GERVAIS 2010). Notre alimentation moderne influence-t-elle l’apparition de la polyarthrite rhumatoïde, comme d’autres maladies chroniques (diabète et autres maladies auto-immunes, maladie d’Alzheimer, etc.), mais aussi la fréquence et l’intensité des symptômes ? Bien que nous n’ayons aucune assurance de leur efficacité, deux types de régimes sont régulièrement évoqués dans les médias : d’une part les régimes d’addition en oméga-3 et en oméga-6, d’autre part les régimes d’exclusion du lactose et/ou du gluten. L’adaptation de notre alimentation est-elle une solution pour lutter contre la polyarthrite rhumatoïde ? Existe–t–il des éléments scientifiques sur lesquels nous appuyer pour y voir plus clair sur l’utilité de tels régimes ?

Les régimes d’addition

Que sont les acides gras ?

Les acides gras font partie des lipides. Du point de vue médical, on distingue deux types d’acides gras : les insaturés « cis », les « bons gras », qu’on trouve le plus souvent dans les huiles végétales, et les saturés ou polyinsaturés « trans », les « mauvais gras », qu’on trouve notamment dans le lait, le beurre, la viande, le lard, l’huile de palme et l’huile de coco. Les acides gras saturés et polyinsaturés « trans » augmentent le taux de cholestérol et le risque de maladie cardiovasculaire, lorsqu’ils sont consommés en trop grande quantité.
Les régimes d’addition consistent à renforcer les apports alimentaires en acides gras polyinsaturés « cis », notamment les oméga-3 et les oméga-6. Ces acides gras sont dits « essentiels » car ils sont nécessaires à l’organisme, qui ne peut cependant pas les fabriquer. Ils doivent donc absolument être apportés par l’alimentation. Les apports nutritionnels en oméga-3 et oméga-6 peuvent être augmentés soit avec des compléments alimentaires, soit en consommant davantage d’aliments riches en acides gras polyinsaturés « cis ».

Les oméga-3 et les oméga-6, à quoi ça sert ?

Les principaux acides gras appartenant au groupe des oméga-3 sont l’acide α-linoléique (ALA), l’acide eicosapentanéoique (EPA) et l’acide docosahexaénoique (DHA). Les oméga-6 regroupent notamment l’acide linoléique, l’acide arachidonique et l’acide docosapentaénoïque. Ces acides gras permettent au corps de fabriquer d’autres molécules essentielles pour l’organisme (prostaglandines, leucotriènes, thromboxanes, etc.), qui interviennent dans les processus d’inflammation, de coagulation, de régulation de la pression artérielle...

Où trouve-t-on les oméga-3 et les oméga-6 ?

Les aliments riches en oméga-3 sont notamment les poissons gras comme la truite, le saumon, la sardine ou le maquereau, mais aussi certaines huiles végétales, en particulier les huiles de colza, de chanvre, de lin, ou encore de noix. A noter, ces deux dernières ne doivent pas être chauffées car cela modifie leurs propriétés. Le régime de type « méditerranéen » (voir encart p.X) est riche en oméga-3.
Les aliments riches en oméga-6 sont principalement les huiles de carthame, de pépins de raisin, de tournesol, de germe de blé, de maïs, de noix, de soja. On trouve également certains oméga-6 dans les viandes, les poissons ou les abats.
Privilégier les oméga-3
Pour la plupart des gens, l’alimentation est trop riche en oméga-6 par rapport aux oméga-3. Le rapport idéal entre oméga-6 et oméga-3 serait de seulement 4 pour 1, alors qu’il est de 15 pour 1 pour la plupart des Européens.
Or ce sont les mêmes enzymes qui permettent au corps d’utiliser ces différents acides gras. Donc si l’on consomme beaucoup plus d’oméga-6 que d’oméga-3, ces derniers ne peuvent pas être utilisés par l’organisme. En pratique, il faudrait consommer davantage d’aliments riches en oméga-3.

PNG - 221.4 ko

Privilégier les oméga-3

Pour la plupart des gens, l’alimentation est trop riche en oméga-6 par rapport aux oméga-3. Le rapport idéal entre oméga-6 et oméga-3 serait de seulement 4 pour 1, alors qu’il est de 15 pour 1 pour la plupart des Européens.
Or ce sont les mêmes enzymes qui permettent au corps d’utiliser ces différents acides gras. Donc si l’on consomme beaucoup plus d’oméga-6 que d’oméga-3, ces derniers ne peuvent pas être utilisés par l’organisme. En pratique, il faudrait consommer davantage d’aliments riches en oméga-3.

PNG - 184.6 ko

Quels bénéfices en cas de polyarthrite rhumatoïde ?

La consommation d’acides gras polyinsaturés est indispensable pour tous. Dispose-t-on d’éléments scientifiques pour penser que ces substances peuvent de surcroît nous aider à lutter contre les symptômes de la polyarthrite rhumatoïde ? Il existe une étude chez l’animal qui démontre une amélioration de la polyarthrite rhumatoïde chez la souris recevant de l’huile de krill par exemple (IERNA 2010). Chez l’homme, une dizaine d’études (dont la qualité méthodologique n’est pas assurée) concluent que la consommation d’huile de poisson en gélules entraîne une amélioration des symptômes de la polyarthrite rhumatoïde, au bout de 12 semaines à des doses supérieures à 2,6 grammes d’huile de poisson par jour, ou même plus tôt lorsque les doses sont plus élevées (KREMER 1995). Certaines études se sont par ailleurs intéressées aux bienfaits du régime méditerranéen par rapport à un régime alimentaire classique. Globalement les données disponibles n’apportent pas de démonstration probante de l’efficacité des régimes d’addition sur la diminution des symptômes de la polyarthrite rhumatoïde.

Les régimes restrictifs

Les régimes restrictifs auxquels on prête parfois des vertus contre les symptômes de PR se divisent entre les jeûnes et les régimes d’éviction des viandes, des produits laitiers ou encore du gluten.

Jeûne suivi d’un régime lacto-végétarien

Cette méthode repose sur une étude cas-témoin (KJELDSEN-KRAGH, 1991), dont la méthodologie est moins rigoureuse qu’une étude randomisée. Cette étude consistait à soumettre un groupe de patients atteints de PR à un jeûne de 7 à 10 jours suivi d’un régime végétalien sans gluten pendant trois mois puis lacto-végétarien pendant neuf mois. Ce groupe a été comparé à un groupe témoin qui n ‘a pas bénéficié d’un régime alimentaire spécifique au cours de cette année. Après 4 semaines, le groupe suivant le régime montrait une amélioration significative du nombre d’articulations douloureuses, du nombre d’articulations gonflées, de l’évaluation de la douleur, de la durée de la raideur matinale, mais aussi du taux de CRP, entre autres. Tandis que pour le groupe contrôle, qui avait passé simplement quatre semaines en maison de convalescence, seule l’évaluation de la douleur s’était améliorée au terme du 1er mois. Au bout d’un an, ces résultats étaient maintenus pour le groupe ayant suivi le régime.
D’autres études sur le jeûne n’ont montré qu’une efficacité temporaire qui cessait dès la reprise d’une alimentation normale.

Régime du Dr Seignalet (régime végétalien sans gluten)

Ce régime est souvent cité en France sur les sites Internet qui s’intéressent aux liens entre l’alimentation et les symptômes de la PR. En pratique, ce régime consiste à abandonner tous les laits d’animaux et leurs dérivés, ainsi que toutes les céréales « mutées » (c’est-à-dire sélectionnées pour contenir plus de gluten et obtenir un meilleur rendement) : blé, maïs, seigle, orge, avoine. En revanche on peut consommer du riz, du sarrasin et du sésame. Seules les huiles à pression à froid sont autorisées. Les produits doivent être consommés crus, ou cuits à moins de 110°C. Malgré la médiatisation dont bénéficie ce régime, grâce à un livre et à un site Internet bien référencés, il n’existe qu’une seule étude qui évalue les bénéfices et les risques de ce mode d’alimentation et sa méthodologie présente des failles.

Nos conseils

Les données scientifiques disponibles ne sont pas concluantes. Ce sont des cas anecdotiques qui ne nous permettent pas de vous recommander un régime alimentaire spécifique pour réduire vos symptômes inflammatoires. Si vous souhaitez essayer d’adapter votre alimentation, il sera bénéfique d’améliorer vos apports en acides gras poly-insaturés riches en oméga-3, ne serait-ce que pour les bénéfices au niveau cardiovasculaire. Vous pouvez notamment manger davantage de saumon (sauvage de préférence), de flétan, de maquereau, de sardine, de hareng et d’anchois, des légumes verts à feuilles (mâche, épinard, chou…) mais aussi de l’huile de colza, ou encore de l’huile de graines de chanvre, de graines de chia ou de graines de lin. Si vous désirez adapter votre alimentation pour limiter les conséquences de la polyarthrite rhumatoïde, vous pouvez également consommer des aliments riches en vitamine D, pour vous aider à limiter le risque d’ostéoporose. Principalement produite par l’organisme lors de l’exposition au soleil, cette vitamine se trouve également dans le lait enrichi en vitamine D, la sardine, le saumon, le flétan, le hareng, l’anchois et la margarine !
Il n’y a pas non plus de raison de vous décourager d’essayer l’un de ces régimes, tout en continuant de prendre vos traitements de fond et vos traitements anti-douleur. Néanmoins, si vous limitez vos apports lactés il est nécessaire de compenser leur perte par un apport de calcium afin de limiter les risques d’ostéoporose (augmentés par la PR). Par ailleurs, adopter un régime alimentaire restrictif peut constituer un frein supplémentaire pour mener une vie sociale épanouie. En effet, il devient plus difficile de retrouver des amis pour dîner lorsqu’on exclut le gluten et/ou les produits laitiers de son alimentation, sans compter que les produits sans gluten, qu’on trouve de plus en plus facilement dans le commerce, restent plus onéreux que les aliments ordinaires.

Rédigé par Daphney Nasrallah, Dr en Pharmacie, Empatient.

Newsletter

Inscrivez-vous pour recevoir notre newsletter

Nous suivre